Les affrontements reprennent en Libye La médiation d’Alger face à l’entêtement des «parrains»

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Toute démarche algérienne a peu de chance de réussir en Libye en raison de « la divergence totale entre les différents parrains de deux factions (GNA et Haftar), qui sont des acteurs majeurs de la scène internationale (Russie, France, Turquie, EAU, Arabie Saoudite, Qatar).

Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – Comme affirmé par des analystes, le cessez-le-feu en Libye entre les forces du maréchal Khalifa Haftar et le Gouvernement d’union nationale (GNA) et l’embargo sur les armes décrété à la conférence de Berlin ont fait long feu.

Les combats ont repris entre les deux parties et les observateurs s’interrogent désormais ouvertement sur le rôle des Émirats arabes unis, dont le ministre des Affaires étrangères s’est rendu, il y a quelques jours à Alger, dans l’aggravation de la situation sécuritaire en Libye.

Selon plusieurs sources, les Émirats arabes unis ont acheminé environ 2 700 tonnes d’armement pour venir en renfort des forces de l’Est libyen du maréchal Haftar et ce, au lendemain de l’engagement fait à Berlin de couper l’approvisionnement en armes des deux parties en conflit, violant ainsi cet accord.

Ainsi, ils semble que la Conférence de Berlin du 19 janvier et la réunion d’Alger qui a regroupé le 26 janvier les chefs de diplomatie des pays voisins n’ont pas eu les effets escomptés.

Ce mardi, les affrontements ont repris à Tripoli dont Haftar veut, semble-t-il, s’emparer à tout prix, avec l’aide de ses parrains étrangers. Trois enfants ont été tués et un autre a été blessé dans la chute d’une roquette près d’une école au sud de la capitale libyenne, malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 12 janvier, a rapporté l’AFP qui signale qu’une deuxième roquette a frappé de plein fouet une maison proche, sans faire de victime. Les forces du GNA ont accusé les troupes du maréchal Khalifa Haftar d’être derrière l’attaque. Les pro-GNA avaient annoncé plus tôt mardi avoir abattu un drone émirati des forces du maréchal Haftar dans l’ouest du pays.

La Mission des Nations-Unies en Libye (Manul) avait déjà regretté la poursuite des violations flagrantes de l’embargo sur les armes en Libye. Cela, au moment où le Conseil de sécurité de l’ONU discutait d’un projet de résolution réclamant « un cessez-le-feu permanent » dans le pays.
Si l’Algérie est exposée aux conséquences d’une guerre totale en Libye, en raison de sa proximité géographique avec ce pays, quel serait l’intérêt des EAU dans la région et quel est leur rôle, eux qui vont apparemment s’offrir le pays en soutenant Haftar et en violant les accords internationaux ? Et quelle sera la réaction de la Turquie qui a affiché son soutien au GNA pour contrer l’invasion de Tripoli par les forces de Haftar ?

Pour Djalil Lounnas, spécialiste des relations internationales et de la sécurité régionale au Sahel, qui prévoyait déjà le non-respect des accords de Berlin, la Conférence de l’Allemagne n’était finalement qu’un interlude, affirmant que les « parrains » du GNA et de Haftar n’avaient pas l’intention de résoudre politiquement la crise.

« La Conférence de Berlin n’a été qu’un interlude pour permettre aux deux factions de se repositionner, se réapprovisionner et se renforcer. Ils avaient besoin d’un répit, surtout Haftar qui est en position de force, et c’est à cela que cette trêvea servi », a-t-il soutenu dans une déclaration au Soir d’Algérie.

Selon lui, depuis deux semaines, l’embargo sur les armes a été violé et les deux parties ont reçu des armes et du matériel, notamment le GNA , puisque les arrivés de mercenaires syriens n’ont pas cessé, on parle même de chars d’assaut.
Notre interlocuteur affirme que comme pour la Conférence de Berlin, la médiation algérienne n’avait de chance de réussir qu’à la condition que les acteurs, en particulier les parrains des deux factions, soient sur la même ligne.

« Ce qui n’est pas le cas et ne l’a jamais été. Les visites de Le Drian et d’Erdogan à Alger sur la question le montrent bien, au-delà des simples déclarations diplomatiques, les différends demeuraient. Il est vrai que l’Algérie et la Turquie sur la question libyenne sont sur la même ligne, à savoir un soutien au GNA, mais pas nécessairement sur les moyens », a-t-il expliqué. Et de préciser que toute démarche algérienne a peu de chance de réussir en raison de « la divergence totale entre les différents parrains des deux factions, et au demeurant des acteurs majeurs de la scène internationale (Russie, France, Turquie, EAU, Arabie Saoudite, Qatar).
K. A.

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