Au moins 40 féminicides enregistrés depuis le début de l’année Pitié pour ma sœur!

Sinistre palmarès. Au moins 40 féminicides ont été enregistrés en Algérie depuis le début de cette année 2020.

L’onde de choc de ce drame hallucinant, qui a dépassé les frontières nationales, a réveillé les démons de la haine, au vu des commentaires révoltants sur les réseaux sociaux mais elle a aussi secoué les esprits de ceux qui demandent à la justice plus de fermeté dans le traitement de ces affaires, voire même rétablir la peine de mort.

Les organisations féminines en Algérie n’ont pas attendu que Chaïma soit violée, frappée puis brûlée, pour attirer l’attention des gouvernants sur la situation précaire des femmes. «Les gouvernements sont peu actifs pour protéger les victimes et punir les coupables», soutiennent-elles.

«Les femmes déposent plainte et attendent 3 ou 4 ans pour qu’un jugement soit rendu. Ce sont des conditions inacceptables», ajoutent les même associations, dénonçant également le manque de refuge et de mécanisme pour protéger les victimes de leurs tortionnaires. À plusieurs reprises, elles ont pointé du doigt le manque de réactivité des pouvoirs publics, de la justice et, dans certains cas, des services de sécurité. Il va sans dire que la violence envers les femmes n’est en partie que le reflet des relations de pouvoir, historiquement inégales entre hommes et femmes.

Une société foncièrement patriarcale et un système où les rapports sociaux sont fondés sur l’idée d’une «infériorité naturelle» des femmes et une «suprématie biologique» des hommes, ne peut engendrer que de la violence. Plus grave encore, une violence souvent justifiée par cette chape de plomb sociale. N’ayons pas la mémoire courte, le Code de la famille, instauré par le FLN en 1984: une scandaleuse hypocrisie nationale. Il a fallu attendre l’ouverture démocratique pour que des partis progressistes et des associations féministes s’unissent, se battent durant des années pour contraindre les autorités à abroger timidement ce «code de la honte».

Il est temps de liquider ces archaïsmes, en instaurant des lois appropriées pour freiner ces horreurs contre nos mères, nos femmes et nos soeurs. À la veille d’un rendez-vous électoral déterminant, que propose justement la nouvelle Constitution soumise à référendum le 1er novembre prochain? L’article 40 de la nouvelle Loi fondamentale garantit la protection de la femme contre les violences. « C’est une bonne chose mais peut mieux faire», répondent les associations saluant un engagement «effectif» de l’État d’ouvrir des centres d’accueil pour les victimes, qui ont droit à une assistance judiciaire gratuite.

Réagissant à cette situation, le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, a affirmé, avant-hier, que le nouveau projet de loi relatif à la prévention et à la lutte contre les crimes d’enlèvement prévoit «une série de mesures sévères». Il cite à leur tête «la perpétuité ou la peine de mort pour les auteurs d’enlèvement d’enfants», soulignant la possibilité de se constituer partie civile pour les associations activant dans la protection des droits humains. Une grande avancée, mais en plus de considérer ce phénomène comme une violation majeure des droits de la personne humaine, n’est-il pas plus opportun de le classer comme un problème important de santé publique? Car en plus des attaques physiques, aussi meurtrières soient-elles, il y a aussi les violences et les retombées psychologiques, les menaces et les intimidations.

Qu’est ce qui explique ce phénomène? Est-il spécifique aux pays sous-développés ou aux couches sociales défavorisées? Les sociologues sont unanimes à dire que la violence contre les femmes est le fléau le mieux partagé dans le monde. Il sévit dans les tous les continents, tous les pays, toutes les couches et tous groupes sociaux, économiques, religieux et culturels. Une autre idée reçue consiste à penser que les violences de ce genre sont plus fréquentes dans les pays «machistes».

Faux! les femmes subissent les foudres des mâles paradoxalement dans les pays où les droits des femmes sont les mieux respectés, comme la Finlande, la Norvège, le Luxembourg, le Danemark et la Suède sans compter l’Italie, l’Espagne et l’Irlande. Ainsi exposé à la face du monde, il s’avère très profond et très sérieux.

lexpressiondz / Brahim TAKHEROUBT

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