Mazouz: “Ma fortune dépasse les 493 milliards de centimes”

Par Redouane Hannachi / jeune-independant

Le troisième jour consécutif du procès après cassation des deux ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal et d’autres ex-ministres et hommes d’affaires dans le cadre du procès du « montage automobile », a été consacré par la présidente de la cour d’appel d’Alger aux auditions, ce lundi, des hommes d’affaires impliqués à l’instar de Maazouz Mohamed et Mohamed Bairi ainsi des ex-membres de la commission technique.

Auditionné l’homme d’affaires Ahmed Maazouz a répondu aux accusations portées contre lui concernant “les indus avantages accordés par l’ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et l’ex-ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, dans le cadre de son projet de montage automobile”.

L’inculpé a d’emblée rejeté, en bloc, les charges qui lui sont reprochées, arguant que tous les projets dont il a bénéficié étaient conformes au cadre juridique.

Après avoir entendu ses déclarations, Mazouz a été confronté à Ouyahia et Yousfi. Au début, il a été question de l’infraction à la loi relevée dans l’attribution du projet de montage automobile à Mazouz, sans répondre à plusieurs conditions dont celle du partenaire étranger et le différend enregistré entre Ouyahia et Yousfi autour de cette condition, ainsi que son obtention d’indus avantages et de décisions techniques, basées sur des dossiers vides ayant entrainé d’importantes pertes au trésor public.
A ce propos, Ouyahia a expliqué rappelons-le que les décisions techniques émises dans le cadre de ce projet relevaient du ministère de l’Industrie et qu’il n’était pas habilité à intervenir, ajoutant qu’il avait émis seulement un avis sur la possibilité de supprimer la condition du partenaire étranger dans le domaine du montage automobile, niant, également, l’existence de tout différend avec Yousfi.

Yousfi a reconnu au cours de son passage à la barre par contre, l’existence d’un différend avec Ouyahia sur la question de la dispense de Mazouz de la condition du partenaire étranger en vue d’approuver le projet de montage automobile, précisant, en outre, que le ministère de l’Industrie “avait rejeté, au début, le projet de Mazouz, car ayant relevé plusieurs lacunes”.Mazouz a été par ailleurs interrogé sur les financements occultes de la campagne électorale de l’ex-président de la République, Abdelaziz Bouteflika, et la somme de 39 milliards de centimes qu’il aurait remise à l’homme d’affaires Ali Haddad, l’accusé a dit “ignorer les procédures légales en vigueur en matière de financement de la campagne électorale”, sans nier avoir donné cette somme.

Dans le même contexte, le mis en cause a déclaré : « Ali Haddad m’a sommé de verser cette somme en contrepartie pour j’aurais le OK pour l’emplacement du tuyau du Gaz dans ma nouvelle usine située dans la wilaya de Boumerdes ! »

A propos du compte bancaire découvert lors des investigations en son nom, dont le solde est de 493 milliards de centimes, les nombreux biens immobiliers qu’il possède à Alger, le mis en cause a répondu que : « Ma fortune dépasse cette somme, une fortune amassée durant de longues années d’activité dans les domaines du commerce et des affaires ».

L’inculpé a indiqué également « s’être engagé devant le ministère de l’Industrie à lancer l’opération de fabrication en 2020 sans avoir à recourir à la devise, précisant qu’un tel projet nécessitait 16 milliards Da.

Interrogé par la juge s’il avait rencontré des difficultés concernant ce dossier, l’homme d’affaires, propriétaire de 12 sociétés, a précisé que “la pression nous a accompagné depuis le dépôt du dossier de ce projet au point où les Coréens (partenaire étranger) adressaient régulièrement des correspondances aux différents départements en vue d’accélérer les procédures d’accord de ce projet au mieux de l’économie nationale”.

Il a par ailleurs reconnu « être propriétaire de plusieurs biens, dont une villa à Hydra d’une valeur de 60 milliards de centimes, qu’il a acquis par crédit de la banque Gulf Bank Algéria ».

Auditionné l’homme d’affaires Mohamed Bairi a nié en bloc avoir reçu des avantages et des exonérations fiscales, arguant qu’il aurait dû être le premier opérateur à obtenir un agrément car c’est son métier.

“D’ailleurs, je m’interroge encore sur les raisons pour lesquelles je n’ai pas été inclus sur la liste des opérateurs agréés”, a-t-il ajouté.

Répondant à une question sur la source de ses biens, l’homme d’affaires a indiqué qu’il exerce dans le domaine de l’importation depuis 30 années et que 80% de ses biens déclarés proviennent de l’héritage familial.

Le prévenu a fait état de “dettes en suspens relatives aux projets de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ) et de la Caisse nationale d’assurance-chômage (CNAC) d’une valeur de 84 milliards de centimes”.

En réponse au chef d’accusation de dilapidation de 11.000 milliards de centimes dans le dossier du montage automobile, Bairi a déclaré “n’avoir jamais entendu parler de ce chiffre”, précisant “avoir tenu à installer une usine temporaire, employant 450 salariés, à Bouira en attendant l’acceptation de son dossier d’établissement d’une usine à Ouled Haddadj”.

Après avoir rappelé que son usine “avait sorti en l’espace de trois (3) ans 459 véhicules”, l’accusé a estimé “être un enfant du secteur” étant donné que sa famille active, depuis 1920, dans le commerce et les matériaux de construction .

Interrogé sur la concession à son profit d’un terrain en 2016, Bairi a clamé à la direction du juge que ce terrain qu’il n’avait pas sollicité était “inadapté” et qu’il avait demandé plutôt un foncier dans la région d’Ouled Haddadj, lequel lui a été refusé.

“Je n’ai jamais sollicité l’ex-wali Zerhouni ni quiconque d’autre pour obtenir un terrain à Bouira ou à Boumerdes. J’ai déposé mon dossier en tant qu’investisseur mais je n’ai jamais demandé un terrain agricole”, a-t-il allégué.

Réagissant à cette accusation, il a déclaré “si j’avais su qu’investir dans mon pays pouvait me conduire en prison, je me serais abstenu”, ce à quoi le juge a rétorqué que “l’investissement est régi par des lois” bien précises. Et d’enchaîner en l’interrogeant sur les pertes occasionnées au Trésor publics de montants de 772 millions de DA et de 720 millions de DA en raison de la mauvaise exploitation de ce terrain.

Dans sa réponse, Bairi a soutenu qu’il n’avait pas “exigé” de lieu précis pour investir et qu’à ce jour, il n’avait pas reçu de permis de construire relatif à ce projet, reconnaissant néanmoins avoir pris connaissance de ces deux chiffres à travers une étude comparative réalisée par des parties qu’il n’a pas nommées.

Précisant avoir signé, le 5 mars 2018, le cahier de charges relatif à la réalisation de cette usine, il a affirmé n’avoir pas reçu, à ce jour, de réponse de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI).

Les déclarations de l’accusé ont été conformes à celles du témoin Brahimi Ghania, représentante de l’Inspection des impôts d’Alger-est, qui a fait savoir que M. Bairi “n’a jamais bénéficié d’avantages fiscaux”, ajoutant qu’il n’avait pas de dette fiscale et qu’il a toujours respecté ses engagements en la matière.

Demandant la parole, le prévenu a fait état de “dettes en suspens relatives aux projets de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ) et de la Caisse nationale d’assurance-chômage (CNAC) d’une valeur de 84 milliards de centimes”.

Rétorquant à ces déclarations, la directrice de l’industrie de la wilaya de Boumerdes Safia Belhout a affirmé qu’elle n’était pas à son poste lors de l’examen du dossier Bairi par la Direction générale du domaine national, car elle était en formation en Chine, reconnaissant n’avoir pas pris connaissance du dossier mais qu’elle était membre de la commission qui avait validé le dossier du temps du wali ayant précédé l’inculpée Zerhouni Yamina.

Par Redouane Hannachi / jeune-independant

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